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Réserves stratégiques Bitcoin : États, corporations et caisses publiques

Le 6 mars 2025, le président américain signe un executive order créant une Strategic Bitcoin ReserveStrategic Bitcoin Reserve (SBR)Réserve stratégique de bitcoins des États-Unis créée par décret de Donald Trump en mars 2025. Constituée à partir des bitcoins saisis.Voir dans le lexique → fédérale, financée initialement par les ~200 000 BTC saisis par les autorités fédérales sur 12 ans d'actions judiciaires. Le 15 mai 2025, la BNS confirme officiellement son refus de constituer une réserve Bitcoin malgré l'initiative populaire fédérale en cours de récolte. Strategy (ex-MicroStrategyMicroStrategy (Strategy)Entreprise américaine dirigée par Michael Saylor, qui a fait du bitcoin sa trésorerie principale depuis 2020. Plus de 400 000 BTC accumulés en 2025.Voir dans le lexique →) atteint 605 000 BTC sous Michael Saylor. El SalvadorEl SalvadorPremier pays à avoir adopté Bitcoin comme monnaie légale, en septembre 2021 sous Nayib Bukele. Statut amendé en 2025 sous pression du FMI.Voir dans le lexique →, premier État souverain à avoir adopté Bitcoin comme cours légal en septembre 2021, accumule 6 100 BTC malgré les critiques répétées du FMI. En 5 ans, la question des réserves Bitcoin a basculé du symbole isolé au sujet politique macroéconomique. Cet article expose les 3 niveaux d'acteurs, un tableau central de 5 cas comparés, le débat suisse 2025 et les conséquences pour l'investisseur particulier.

En 2021, le Salvador a fait de Bitcoin une monnaie légale et a constitué une réserve d'État de plusieurs milliers de BTC. En mars 2025, l'administration Trump a signé un executive order créant une « Strategic Bitcoin ReserveStrategic Bitcoin Reserve (SBR)Réserve stratégique de bitcoins des États-Unis créée par décret de Donald Trump en mars 2025. Constituée à partir des bitcoins saisis.Voir dans le lexique → » américaine à partir des bitcoins saisis. MicroStrategyMicroStrategy (Strategy)Entreprise américaine dirigée par Michael Saylor, qui a fait du bitcoin sa trésorerie principale depuis 2020. Plus de 400 000 BTC accumulés en 2025.Voir dans le lexique → détient en 2026 plus de 600 000 BTC, soit ~3 % de l'offre maximale, dans son bilan d'entreprise cotée. Le sujet des réserves stratégiques est devenu central.

Trois logiques différentes coexistent. Réserve d'État souveraine : Bitcoin comme hedge contre la dépréciation des fiats et substitut partiel aux réserves de change en USD. Réserve d'entreprise : trésorerie en Bitcoin pour échapper à l'érosion monétaire et lever une option d'appréciation. Réserve communautaire : initiatives type LuganoLugano (Plan ₿)Ville suisse qui a lancé en 2022 un programme d'adoption Bitcoin (paiement des impôts, commerces, événements). Plan B Forum annuel devenu rendez-vous européen.Voir dans le lexique → Plan B ou commune européenne adoptant le BTC dans son trésor.

Cet article retrace la chronologie 2021-2026 (Salvador, MicroStrategy, El SalvadorEl SalvadorPremier pays à avoir adopté Bitcoin comme monnaie légale, en septembre 2021 sous Nayib Bukele. Statut amendé en 2025 sous pression du FMI.Voir dans le lexique →, Argentine, USA Trump, premiers cantons suisses en débat), expose les logiques sous-jacentes, traite la comptabilité IFRS d'une trésorerie Bitcoin (IAS 38 contre amendement comptable US), expose les risques (volatilité, perception électorale, forkFork (soft fork, hard fork)Modification des règles du protocole. Un soft fork reste compatible avec les anciens nœuds (SegWit, Taproot) ; un hard fork crée une chaîne séparée (Bitcoin Cash en 2017).Voir dans le lexique →) et la dynamique d'entraînement géopolitique.

Pourquoi le sujet des réserves est devenu central

Trois mouvements convergents expliquent le basculement.

1. La maturité de l'infrastructure. En 2017, accumuler 100 000 BTC pour un État ou une corporation était techniquement compliqué : exchanges peu professionnels, custodyCustodyLa garde des fonds. Voir self-custody et custodial dans la section dédiée plus bas.Voir dans le lexique → institutionnelle inexistante, comptabilité IFRS hostile. En 2026, l'infrastructure existe : Coinbase Custody, Fidelity Digital Assets, BitGo, Anchorage manient des dizaines de milliards de dollars en BTC institutionnels. La comptabilité IFRS a évolué (FASB ASU 2023-08 aux US autorise désormais l'évaluation à la juste valeur pour les cryptoactifs). Les ETF spot offrent un wrapper réglementé pour les entités qui ne peuvent pas détenir Bitcoin directement (caisses publiques contraintes, fonds réglementés). L'obstacle technique a sauté.

2. La dégradation des actifs de réserve traditionnels. Les obligations souveraines, longtemps actifs de réserve par excellence des banques centrales et des trésoreries d'entreprise, ont perdu en attractivité depuis 2020. L'inflation 2021-2023 a montré que les obligations d'État réelles peuvent rester en territoire négatif pendant des années. Le gel des réserves russes en USD/EUR en mars 2022 (~300 milliards USD) a montré que les actifs de réserve sont politiquement saisissables. La Chine et plusieurs pays du Sud global cherchent depuis lors des alternatives non-saisissables : or physique en priorité, Bitcoin comme complément expérimental. Saylor le formule : Bitcoin est « la monnaie de réserve la plus dure jamais inventée ». L'argument est partial mais entendu.

3. Le calcul politique court-termiste. Annoncer une réserve Bitcoin est devenu un signal politique. Pour Trump (mars 2025), c'est un message à sa base électorale crypto-friendly. Pour Bukele (2021), c'était un coup d'éclat de communication internationale. Pour les sénateurs républicains qui soutiennent le BITCOIN Act, c'est une position différenciante face aux démocrates. Pour la Suisse via l'initiative 2B4CH, c'est une affirmation de souveraineté monétaire face au franc fort vs l'USD. Une partie de ces annonces sont sincères, une autre est cosmétique. Distinguer les deux demande du recul.

L'addition des 3 mouvements (infrastructure mature + dégradation des alternatives + calcul politique) crée une dynamique d'accumulation institutionnelle qui n'existait pas avant 2024. Le rythme reste modeste comparé à l'offre disponible : les institutions identifiées (ETF + SBR US + corporates principaux) détiennent en mai 2026 environ 2,2 millions de BTC sur les 19,7 millions en circulation, soit ~11 %. C'est suffisant pour modifier la microstructure du marché (volatilité, liquidité, comportements de cycle), pas suffisant pour rendre Bitcoin « contrôlé » par les institutions au sens où l'or l'est par les banques centrales.

Pour Sylvain et les autres particuliers, l'effet le plus tangible se ressent dans 2 domaines. La volatilité s'amortit légèrement : les drawdowns -80 % historiques (cf. halving et cycles) pourraient devenir -60 % à -70 % à mesure que les flux ETF stabilisent les bears. La régulation s'intensifie : MiCAMiCA (Markets in Crypto-Assets)Règlement européen 2023/1114 qui encadre les services crypto dans l'UE depuis 2024. Crée le statut de CASP.Voir dans le lexique → en Europe (2024-2025), évolutions FATF, débats KYCKYC (Know Your Customer)Procédure d'identification obligatoire que les plateformes régulées appliquent à leurs utilisateurs : pièce d'identité, justificatif de domicile, etc.Voir dans le lexique → sur self-custodySelf-custody (auto-garde)Modèle dans lequel vous détenez vous-même vos clés privées. Vos bitcoins ne dépendent d'aucun tiers. C'est la promesse fondatrice de Bitcoin.Voir dans le lexique →. Bitcoin reste possible en self-custody en 2026, mais le cadre légal est moins libre qu'en 2017.

Les 3 niveaux d'acteurs : États, corporations, caisses publiques

Les détenteurs institutionnels de Bitcoin se répartissent en 3 catégories aux logiques différentes.

Niveau 1 : États souverains. Au 27 mai 2026, on compte 4 États qui détiennent ouvertement du Bitcoin :

  • USA : ~200 000 BTC dans la SBR fédérale depuis mars 2025, principalement issus de saisies. Pas d'accumulation par achat budgétaire à date, mais possibilité dans le BITCOIN Act Lummis si voté.
  • El SalvadorEl SalvadorPremier pays à avoir adopté Bitcoin comme monnaie légale, en septembre 2021 sous Nayib Bukele. Statut amendé en 2025 sous pression du FMI.Voir dans le lexique → : ~6 100 BTC accumulés depuis septembre 2021 via achats programmés modestes (1 BTC par jour entre novembre 2022 et fin 2023, puis ralentissement). Bitcoin reste cours légal mais l'accord avec le FMI de décembre 2024 a réduit son statut officiel.
  • Bhoutan : ~13 000 BTC selon Arkham Intelligence (avril 2025), accumulés par minage hydroélectrique via le fonds souverain Druk Holding. Approche discrète mais matériellement plus grosse qu'El Salvador.
  • Royaume-Uni (saisies) : ~61 000 BTC saisis principalement en 2018 sur l'affaire Zhao Wei, conservés par la NCA. Pas de réserve stratégique déclarée mais accumulation passive de fait.

Plusieurs autres juridictions ont engagé des débats sans décision : Suisse (initiative 2B4CH), Hong Kong (proposition sénatoriale 2024), Suède (rapport Riksbank 2025 négatif), Brésil (proposition Eros Biondini 2024). La France et l'Allemagne se sont positionnées contre, conformément à la ligne BCE.

Niveau 2 : Corporations cotées. Au 27 mai 2026, 78 entreprises cotées détiennent plus de 100 BTC chacune en trésorerie, totalisant environ 1,1 million de BTC. Les principales :

  • Strategy (ex-MicroStrategyMicroStrategy (Strategy)Entreprise américaine dirigée par Michael Saylor, qui a fait du bitcoin sa trésorerie principale depuis 2020. Plus de 400 000 BTC accumulés en 2025.Voir dans le lexique →, ticker MSTR) : ~605 000 BTC accumulés depuis août 2020 sous Michael Saylor, financés par émissions d'actions et de dette convertible. Modèle hyper-concentré, l'entreprise est devenue de facto un proxy Bitcoin coté à effet de levier.
  • Marathon Digital (MARA) : ~50 000 BTC, mineur principalement nord-américain qui conserve sa production.
  • Riot Platforms : ~22 000 BTC, modèle similaire à Marathon.
  • Tesla : ~11 500 BTC, position rétablie partiellement en 2024 après les ventes de 2021-2022.
  • Block Inc. (ex-Square, Jack Dorsey) : ~8 000 BTC, position modeste mais publique depuis 2020.
  • Une cinquantaine d'autres petites et moyennes capitalisations en Europe (Bitcoin Group SE, Coinsilium), Japon (Metaplanet ~25 000 BTC, modèle Saylor japonais), Amérique latine (plusieurs cotées au Mexique et Brésil).

Le modèle corporate domine numériquement : 1,1 million BTC corporates vs ~280 000 BTC souverains (et 1,2 million dans les ETF). La logique est différente : la corporation accumule pour proteger son cash de l'inflation et offrir un proxy Bitcoin à ses actionnaires. L'État accumule pour des raisons macro-stratégiques ou politiques.

Niveau 3 : Caisses publiques et endowments. Catégorie hybride entre acteur institutionnel et investisseur particulier collectif. Les cas documentés :

  • State of Wisconsin Investment Board (SWIB) : a déclaré ~165 millions USD investis dans IBIT en mai 2024, position augmentée à ~340 millions USD début 2026.
  • Houston Firefighters' Pension System : pionnier, achat direct de 25 millions USD de BTC en octobre 2021 (toujours détenus).
  • Yale, Harvard endowments : exposition Bitcoin via fonds spécialisés (Paradigm, Pantera, Bitwise), montants non publics mais documentés à plusieurs centaines de millions.
  • Plusieurs caisses publiques européennes via ETF (Allemagne, Norvège via NBIM indirectement).

Ce 3e niveau est le plus discret mais potentiellement le plus structurant à long terme. Si les caisses de pension occidentales (plusieurs dizaines de milliers de milliards USD sous gestion) allouent ne serait-ce que 0,5 % à Bitcoin, le flux d'achat dépasserait l'émission néo-minière sur des années.

La thèse macro derrière la réserve souveraine

L'argumentaire en faveur d'une réserve Bitcoin souveraine repose sur 3 piliers macro-économiques.

1. La diversification des actifs de réserve. Les banques centrales détiennent historiquement 4 grandes catégories de réserves : devises étrangères (USD, EUR, JPY, GBP, CHF principalement), or, droits de tirage spéciaux du FMI, créances commerciales. Bitcoin propose une 5e catégorie aux propriétés uniques : offre fixe et programmée, neutralité géopolitique (aucun État émetteur), portabilité numérique, vérifiabilité on-chain. Pour un État qui constate la fragilité croissante de l'hégémonie USD (gel des réserves russes 2022, sanctions extraterritoriales US, dette US à 130 % du PIB), une allocation 1-5 % en Bitcoin sert de diversification sans abandonner les autres réserves.

2. L'effet de cycle d'accumulation. L'argument du BITCOIN Act Lummis est explicitement gametheoretic : si les USA accumulent 1 million de BTC sur 5 ans avant d'autres États, ils captent une part disproportionnée de l'offre limitée à 21 millions21 millionsNombre maximal de bitcoins qui existeront jamais, codé dans le protocole. Cette rareté programmée est une caractéristique fondatrice. Le dernier sat sera miné autour de l'année 2140.Voir dans le lexique →. Les États qui hésitent paient ensuite un prix plus élevé pour la même accumulation. C'est un dilemme du prisonnier appliqué aux réserves monétaires : si tu attends que les autres bougent, tu payes plus cher ; si tout le monde bouge en même temps, le prix explose et personne ne peut accumuler de masse. Cet argument est puissant pour les early movers, vide pour les late movers.

3. La position dans un monde multipolaire. L'hégémonie USD post-1944 (Bretton Woods) puis post-1971 (fin de la convertibilité or) entre dans une phase de contestation depuis 2020 (BRICS+, dédollarisation partielle des échanges Chine-Russie, paiements pétroliers en CNY, AED). Plusieurs scénarios sont sur la table pour les 10-20 prochaines années : maintien de l'hégémonie USD adoucie, transition vers un système multi-devises (USD + CNY + EUR), retour partiel à un étalon-or, émergence d'un actif de réserve neutre numérique (Bitcoin, ou un panier crypto, ou un actif synthétique BCE de type CBDC). Aucun scénario n'est dominant. Une réserve Bitcoin de 1-5 % est une option à faible coût qui protège contre plusieurs des scénarios.

Ces 3 arguments sont sérieux mais contestés. Les contre-arguments existent et sont solides (cf. section 6). La position des banques centrales établies (BCE, BNS, Banque du Japon) reste structurellement opposée. Christine Lagarde (BCE) a déclaré en 2024 que Bitcoin « ne sera jamais un actif de réserve ». Martin Schlegel (BNS, mai 2025) répète la même position. À l'opposé, Trésor américain et certains gouverneurs Fed soutiennent ou tolèrent désormais l'option. Le clivage politique transatlantique sur ce sujet n'est pas un détail.

L'investisseur particulier doit retenir 2 choses. Premièrement, les arguments macro pro-réserve sont défendables et défendus par des économistes sérieux (Lyn Alden, Saifedean Ammous, Vijay Boyapati, plus récemment Larry Lepard et Greg Foss). Deuxièmement, ils ne sont pas universellement acceptés. La majorité de l'establishment monétaire reste sceptique. Le résultat sur 10-20 ans est ouvert.

Tableau central : 5 cas de réserve Bitcoin comparés

Synthèse des 5 cas les plus documentés en mai 2026, choisis pour leur représentativité des 3 niveaux d'acteurs (2 souverains, 2 corporates, 1 caisse publique).

Cas Taille mai 2026 Mécanisme d'acquisition Motivation déclarée Risque / controverse
El SalvadorEl SalvadorPremier pays à avoir adopté Bitcoin comme monnaie légale, en septembre 2021 sous Nayib Bukele. Statut amendé en 2025 sous pression du FMI.Voir dans le lexique →
(souverain, depuis sept. 2021)
~6 100 BTC Achat programmé budget public (1 BTC/jour sur 14 mois en 2022-2023, puis ralentissement). Cours légal du Bitcoin parallèlement au dollar. Inclusion financière (70 % d'adultes non bancarisés en 2021), réduction du coût des remises de l'étranger, signal d'indépendance vis-à-vis des USA, attractivité touristique et tech. Échec de l'adoption populaire (moins de 10 % d'usage réel selon enquêtes BCR-FUSADES 2024). Pression FMI : accord déc. 2024 imposant le retrait du cours légal obligatoire. Bitcoin reste accepté mais plus imposable aux commerçants.
Strategic Bitcoin ReserveStrategic Bitcoin Reserve (SBR)Réserve stratégique de bitcoins des États-Unis créée par décret de Donald Trump en mars 2025. Constituée à partir des bitcoins saisis.Voir dans le lexique → US
(souverain, depuis mars 2025)
~200 000 BTC Saisies judiciaires fédérales (Silk Road, Bitfinex hack 2016, dossiers darknet). Executive order interdit la vente. BITCOIN Act Lummis prévoit accumulation supplémentaire de 1 million BTC sur 5 ans (non voté à date). Hedge stratégique multi-décennie, capture early-mover de l'offre limitée, signal politique pro-crypto à la base électorale. Executive order révisable par administration suivante. Risque de politisation (sanctions extraterritoriales appliquées aux BTC ?). Le BITCOIN Act n'a pas la majorité au Sénat en 2026. Accusations de capture réglementaire.
Strategy (MSTR)
(corporate, depuis août 2020)
~605 000 BTC Émission massive d'actions et de dette convertible pour financer des achats spot sur exchanges OTCOTC (Over The Counter)Transaction de gros montant exécutée hors ordre carnet, entre deux parties via un courtier. Pour les volumes au-delà de 100 000 EUR typiquement.Voir dans le lexique →. Modèle « infinite money glitch » selon les critiques. Conviction Saylor que Bitcoin remplace progressivement les bons du Trésor comme actif de réserve corporate. Création de valeur actionnariale via concentration BTC/action. Risque de marge sur dette convertible en cas de drawdownDrawdownBaisse depuis un plus haut. Bitcoin a connu plusieurs drawdowns supérieurs à 75 % dans son histoire. À intégrer dans la planification psychologique.Voir dans le lexique → -70 % à -80 % (calculs analystes 2024-2025). Concentration extrême sur une seule conviction. Dépendance personne unique (Saylor 60 ans en 2025).
Tesla
(corporate, depuis fév. 2021)
~11 500 BTC Achat initial 1,5 milliard USD février 2021 (~38 000 BTC à 39k USD). Vente 75 % en juillet 2022 sous pression cash flow et critique ESG. Rachat partiel discret en 2024. Diversification de trésorerie corporate, optionalité sur acceptation Bitcoin pour paiements (suspendue en 2021). Volatilité comptable forte (impact P&L trimestriel important pré-FASB 2024). Décisions personnelles d'Elon Musk imprévisibles. Pas de stratégie BTC publiquement formalisée.
Wisconsin SWIB
(caisse publique, depuis mai 2024)
~340 M USD en IBIT (équivalent ~3 600 BTC à 94k CHF/BTC) Achat ETF IBIT (BlackRockBlackRockPlus grand gestionnaire d'actifs mondial. Lancement de son ETF spot Bitcoin IBIT en janvier 2024, qui a accumulé plus de 500 000 BTC en 2 ans.Voir dans le lexique →) sur compte courtage institutionnel. Allocation diversification, ~0,2 % des actifs SWIB sous gestion. Recherche de diversification non corrélée (corrélation Bitcoin/S&P 500 ~0,3 sur 5 ans), couverture inflation, exposition contrôlée via wrapper ETF. Premier État américain à le faire publiquement, susceptible de polariser politiquement (audit législatif Wisconsin 2025 sur la décision). Coût ETF ~0,25 % annuel vs détention directe gratuite.

Lecture du tableau. 5 acteurs, 5 motivations différentes, 5 risques distincts. Aucun n'est un modèle universel. L'investisseur particulier observant ce paysage peut conclure : (a) la diversité des approches montre qu'il n'y a pas d'orthodoxie établie, (b) le Bitcoin institutionnel est encore en phase exploratoire, (c) les risques spécifiques (margin call Strategy, retournement politique SBR, échec adoption El Salvador) sont concrets et non hypothétiques. Bitcoin entre dans le mainstream institutionnel mais reste un actif à risque élevé même pour les acteurs sophistiqués.

Les critiques sérieuses contre les réserves Bitcoin

L'argumentaire pro-réserve a des contre-arguments solides, défendus par des économistes, banquiers centraux et chercheurs qui ne sont pas anti-crypto par principe. 4 critiques méritent d'être posées.

1. Volatilité incompatible avec une réserve. Une réserve, par définition, est un actif qu'on conserve pour pouvoir l'utiliser en cas de besoin. Une réserve qui peut perdre 80 % de sa valeur en 12 mois n'est pas une réserve, c'est un actif spéculatif. C'est l'argument central de la BNS (Schlegel mai 2025), de la BCE (Lagarde 2024), de la Banque du Japon. Les pro-réserve répondent que l'or est aussi volatil sur certaines périodes (1980-1999), et que la volatilité s'amortit avec la capitalisation croissante. Mais en valeur absolue 2026, Bitcoin reste 3 à 5 fois plus volatil que l'or, qui est lui-même rarement considéré comme « non volatil ».

2. Concentration et capture. Si quelques États (USA en premier) accumulent 5-10 % de l'offre totale, qu'est-ce que cela signifie pour le caractère décentralisé du réseau ? Les pro-Bitcoin maximalistes répondent que la détention de coins ne donne aucun pouvoir sur le protocole. Techniquement c'est vrai (la gouvernance Bitcoin passe par les nœuds et les développeurs, pas par les détenteurs). Politiquement c'est plus nuancé : un État qui détient 1 million BTC peut influencer la régulation, financer des attaques sur les mineurs concurrents, ou utiliser sa position comme arme géopolitique. Le risque est sous-évalué dans le discours pro-réserve.

3. Échec d'adoption populaire El SalvadorEl SalvadorPremier pays à avoir adopté Bitcoin comme monnaie légale, en septembre 2021 sous Nayib Bukele. Statut amendé en 2025 sous pression du FMI.Voir dans le lexique →. Le cas El Salvador était présenté en 2021-2022 comme l'avant-garde de l'adoption Bitcoin par les populations. Les chiffres 2024-2025 sont décevants : moins de 10 % des Salvadoriens utilisent régulièrement Bitcoin pour leurs transactions quotidiennes (enquêtes BCR-FUSADES, José Simeón Cañas University, FMI Article IV 2024). Le walletWallet (portefeuille)Logiciel ou appareil qui gère vos clés Bitcoin et permet de signer des transactions. Un wallet ne « contient » pas vraiment vos bitcoins, il contient les clés qui prouvent que vous en êtes propriétaire.Voir dans le lexique → Chivo officiel a connu des problèmes techniques, des piratages, et un désaveu utilisateur. L'accord FMI de décembre 2024 a retiré le statut obligatoire de Bitcoin comme cours légal. La leçon : la réserve souveraine ne garantit pas l'adoption populaire, et la pression institutionnelle internationale (FMI, Banque mondiale) reste forte contre les expérimentations.

4. Coût d'opportunité fiscal. Pour un État qui accumulerait 1 million BTC à prix moyen 80 000 USD, le budget engagé serait de 80 milliards USD. Ce montant alternativement investi en infrastructure, éducation, R&D, ou même obligations souveraines indexées sur l'inflation, produit un rendement social mesurable. Bitcoin produit un rendement financier potentiel sur 10-20 ans, mais aucun rendement social direct (pas de production, pas de service, pas de redistribution). Pour un économiste keynésien ou un planificateur public traditionnel, l'argument du coût d'opportunité est fort. La réponse pro-réserve (Bitcoin protège du risque monétaire systémique) est défendable mais difficile à quantifier ex ante.

Ces 4 critiques sont l'ossature de la position des banques centrales européennes et japonaises. Elles ne sont pas marginales. Les gouvernements qui adoptent la réserve Bitcoin (USA, El Salvador, Bhoutan) assument explicitement ces critiques en pariant que les bénéfices long terme l'emporteront. Le résultat se jugera sur 20 ans, pas sur 2 ans.

Cas central : la BNS et l'initiative populaire suisse 2025

La Suisse occupe une position singulière dans le débat sur les réserves Bitcoin. Pas par sa taille (la BNS gère ~750 milliards CHF de réserves, modeste à l'échelle Fed ou BCE), mais par la combinaison de 3 facteurs : tradition d'indépendance monétaire, démocratie directe permettant l'initiative populaire, écosystème crypto local mature (Crypto Valley Zoug, Bitcoin Suisse, Sygnum, Relai).

Genèse de l'initiative 2B4CH. Fin 2024, un comité d'initiative populaire fédérale lancé par Yves Bennahmias (entrepreneur tech zurichois), Luzius Meisser (président de Bitcoin Association Switzerland) et plusieurs personnalités du Crypto Valley dépose le texte d'une modification de la Constitution fédérale. L'article 99 alinéa 3 actuel stipule que « la Banque nationale constitue, à partir de ses revenus, des réserves monétaires suffisantes, dont une part en or ». L'initiative propose d'ajouter « ainsi qu'en Bitcoin » à la fin de l'alinéa. Mécaniquement, cela obligerait la BNS à constituer une réserve Bitcoin, sans préciser la part (la pratique actuelle pour l'or est ~7-8 % des réserves BNS).

La récolte de signatures. Initiée le 31 décembre 2024 par publication dans la Feuille fédérale, l'initiative dispose de 18 mois pour récolter 100 000 signatures valides, soit jusqu'au 30 juin 2026. Au 27 mai 2026, le comité annonce ~62 000 signatures collectées, soit 62 %. Le rythme s'est accéléré au printemps 2026 après l'executive order Trump SBR. La probabilité d'atteindre les 100 000 signatures avant l'échéance est jugée à environ 60-70 % par les observateurs.

Position officielle BNS (Schlegel, 15 mai 2025). Communiqué de la BNS au moment de l'assemblée générale 2025 : refus net mais argumenté, sans dramatisation. Les 4 arguments avancés :

  • Volatilité Bitcoin -77 % à -86 % sur les drawdowns historiques, incompatible avec la fonction de réserve « buffer » que doit jouer un actif BNS.
  • Liquidité Bitcoin (~50 milliards USD de volume quotidien spot mondial en mai 2026) insuffisante pour une BNS qui gère 750 milliards CHF. Vente d'une fraction significative bouge le marché.
  • Absence de fonction macro-économique claire : la BNS détient des réserves pour stabiliser le franc, financer ses interventions de change, garantir la confiance. Bitcoin ne sert directement aucune de ces fonctions.
  • Risque de réputation pour la BNS, déjà sous critique pour son bilan gonflé (gestion des achats EUR/CHF 2011-2021). Ajouter Bitcoin exposerait à des pertes potentielles politiquement visibles.

Réponse du comité d'initiative. Le comité 2B4CH conteste les 4 arguments : la volatilité s'amortit (statistiques 2018-2024 vs 2009-2017), la liquidité s'accroît avec les ETF, la fonction macro existe (diversification anti-fragile, hedge inflation), le risque de réputation est aussi celui de manquer un actif émergent. Le débat est argumenté de part et d'autre, sans démagogie excessive (contrairement à d'autres campagnes d'initiatives populaires suisses).

Scénario probable. Si l'initiative aboutit (réunion des 100 000 signatures avant juin 2026), elle sera soumise au vote populaire fédéral dans 18-36 mois, soit fin 2027 ou en 2028. Le Conseil fédéral et le Parlement émettront probablement une recommandation de rejet, comme c'est traditionnellement le cas pour les initiatives anti-establishment économique. Le taux d'acceptation moyen des initiatives populaires en Suisse depuis 1891 est de 11 %. L'initiative 2B4CH partirait défavorisée. Mais le sujet aura été posé publiquement, et la BNS aura été obligée de défendre sa position devant le peuple. C'est un précédent en Europe.

Pour Sylvain à Genève, l'initiative ne change rien à sa stratégie patrimoniale individuelle. Mais elle modifie le contexte : Bitcoin est désormais discuté au niveau de la Constitution fédérale suisse, ce qui marque une étape d'institutionnalisation, même si l'issue du vote reste très incertaine.

Avertissement

Contenu éducatif et informatif uniquement : ni conseil en investissement, ni conseil fiscal ou juridique. Bitcoin comporte des risques importants, dont une forte volatilité et la perte possible du capital investi. Chaque lecteur reste responsable de ses décisions ; en cas de doute, consultez un professionnel qualifié dans votre juridiction.


Pour aller plus loin

L'adoption institutionnelle de Bitcoin recoupe plusieurs autres dimensions du thème Investir. Pour creuser :

Pour les implications fiscales et réglementaires :

  • Thème fiscalité à paraître (sprint 6) : guide fiscalité Bitcoin et articles par juridiction.
  • Conserver Bitcoin : self-custodySelf-custody (auto-garde)Modèle dans lequel vous détenez vous-même vos clés privées. Vos bitcoins ne dépendent d'aucun tiers. C'est la promesse fondatrice de Bitcoin.Voir dans le lexique →, le contre-mouvement à l'institutionnalisation et son maintien en self-custody par le particulier.

Lectures recommandées hors CapBitcoin : Lyn Alden, Broken Money (2023), sur la macro monétaire et la place de Bitcoin. Vijay Boyapati, The Bullish Case for Bitcoin (édition 2023), articulation de la thèse réserve. Saifedean Ammous, The Bitcoin Standard (2018) et The FiatFiat (monnaie fiat)Monnaie étatique à cours légal (euro, franc suisse, dollar), émise par une banque centrale et sans rattachement à un actif physique. Par opposition, Bitcoin a une émission plafonnée à 21 millions d'unités, sans émetteur central.Voir dans le lexique → Standard (2021), perspective autrichienne classique. Pour les critiques sérieuses : Nouriel Roubini (positions publiques 2022-2025), rapport BIS 2024 sur les cryptoactifs et la stabilité financière, papers BCE 2023-2025 sur Bitcoin et les réserves. Pour suivre l'actualité : Arkham Intelligence (suivi on-chain des wallets institutionnels), Bitcoin Treasuries (suivi des positions corporates), 2B4CH (site officiel de l'initiative suisse).